Faites connaissance avec Uro

Faites connaissance avec Uro

This entry is part 1 of 3 in the series Les aventures d'Uro

— Garbi ! Où es-tu encore fourré ? J’ai besoin de retrouver mes notes sur Uro !

Un marmonnement se fait entendre à l’étage, difficile de comprendre ce qu’il essaye de dire.

— Mais enfin si ! Tu sais bien, il est le Uro de… euh non ! Il est le héros du livre que j’écris, je t’avais demandé d’en garder une copie dans mon coffre fort. Oh et puis qu’à cela ne tienne, je vais aller le chercher moi-même.


Les aventures d’Uro

Chapitre 1.1

C’était le petit matin, ma chambre flottait encore dans ce moment que seule l’aube peut vous apporter. L’épais voile de la nuit se levait petit à petit pour laisser place aux premières chaleurs de la journée. Au vu de l’angle par lequel la lumière filtrait, il devait être Esos probablement. L’instant d’après, ma chandelle faisait six explosions d’affilée, je ne m’étais pas trompé, il était temps de se lever. J’ai entendu jurer dans la pièce d’à côté.

— Bon sang Uro ! Je t’ai déjà dit mille fois d’arrêter avec ces chandelles. Si les gens apprennent ce que tu fabriques, tu seras pendu haut et court !

J’ai souri en me levant péniblement, non sans un certain malaise à l’idée d’avoir la corde au cou. Il n’y avait aucune sorcellerie dans cette chandelle, seulement un peu d’ingéniosité, mais les gens d’ici avaient peur de la sorcellerie et autres supercheries. Je me suis surpris à imaginer mes parents criant au démon si une porte venait à claquer par un coup de vent.

Je me suis habillé en toute hâte. Mes parents et moi-même ne possédions pas grand chose, aussi ai-je mis ma chemise et ma culotte de la veille. J’ai récupéré la petite bourse qui était sous mon lit et je l’ai fourré à l’intérieur de ma chemise. D’un pas agile, j’ai descendu les escaliers sans prêter gare à la voix de mon père qui tempêtait toujours. J’ai ouvert la porte d’entrée, et plutôt que de passer le portail, j’ai enjambé la rambarde pour aller chercher de l’eau au puits du village. Je n’avais pas mis de chaussures, mais mes pieds avaient l’habitude des traitements rudes et possédait une callosité rare.
La maison de mes parents était en haut d’une petite butte, un grand versant menait vers la place, d’en haut la vue était superbe et donnait sur l’ensemble du bourg. Il y avait plusieurs moyen d’aller jusqu’au village, le plus rapide était de descendre la pente escarpée jusqu’en bas, mais j’étais nu pied. Mon regard s’est donc porté sur le petit chemin à gauche qui menait vers une forêt, elle descendait de manière moins abrupte. Sans m’y risquer de nuit toutefois, mais je savais qu’en pleine journée il n’y aurai pas de problèmes. J’ai continué ma marche rapide jusqu’à apercevoir la plage du village. Une fois mes deux gros seaux remplis, j’ai marché prudemment sur le retour en voyant déjà ma mère me sermonner si je revenais avec un seau à moitié vide. Tout en prenant garde où je mettais mes pieds, j’ai pris conscience que l’hiver arrivait en voyant que les arbres avaient déjà perdu la moitié de leurs feuilles. Elles jonchaient le sol et me faisaient penser aux rebuts, ceux qu’on jette lorsqu’ils nous encombrent inutilement. J’ai toujours eu une sensibilité étrange, plus jeune,les larmes m’étaient venus alors qu’ils abattaient un arbre pour faire du bois de chauffage.
Aujourd’hui, bien sûr, cela me préoccupais moins, je savais qu’il était nécessaire d’avoir du bois pour l’hiver. Dans les hautes montagnes où je vis, l’hiver est sans pitié. En fait, il est plus juste de parler de survie, la neige allant parfois jusqu’à vous empêcher de sortir de chez vous. Certains animaux devenaient agressifs, la faim au ventre, cela valait pour les nôtres aussi.
Perdu dans mes pensées, j’ai fini par arriver à la maison, sous l’oeil noir de ma mère.
— À chaque fois, c’est la même chose ! Tu pars chercher de l’eau, et il te faut une heure pour revenir à la maison. Combien de détours as-tu fait cette fois ?

Sachant qu’il ne servait à rien de répondre à ce genre d’interrogations, j’ai préféré afficher une mine piteuse et repentie pour m’éviter la morale habituelle. J’ai néanmoins ruminé des pensées qui lui expliquaient que je n’étais pas partie une heure, et qu’un simple regard vers Odeos le lui aurait appris. Tout en me dirigeant vers l’arrière cuisine pour prendre le baquet, j’entendais ma mère marmonner, “pas possible” “toujours la même chose” “qu’est-ce qu’on a fait à Odeos” … J’ai souri à entendre ses remarques, elles correspondaient parfaitement à son schéma, du moins à celui que j’avais dressé.

Je me suis lavé le plus vite possible tout en sachant qu’il me restait environ le temps d’une pause avant que mon père ne m’appelle pour travailler à l’atelier. Encore trempé de mon bain, j’ai remis mes vêtements et je suis monté dans ma chambre. Mon chemin était tout tracé, et avec l’assurance d’un homme qui connaît sa besogne, je suis allé au pied de mon lit. J’ai compté trois lattes à partir de son pied droit, et j’en ai soulevée une. En dessous se trouvait un livre “Traité sur les lois d’Odeos”. La première fois, j’ai cru qu’il s’agissait d’un bouquin barbant à propos de lois ; le genre qui ont été imposées par les puissants pour asservir le peuple et le mettre à profit. Mais il n’en était rien, il s’agissait de lois physiques et immuables, l’une de celle qui m’avait permit de créer cette chandelle d’ailleurs. Inestimable à mes yeux, il était la seule chose qui restait de mes parents biologiques. Ma famille adoptive était irremplaçable, mais il était des sentiments inaltérables qui vous font battre le cœur d’une manière précise. Plus que ça, j’étais surexcité aujourd’hui parce que j’avais découvert une nouvelle loi, et par moi-même ! Ma chandelle n’avait pas fait une seule explosion de la nuit, or elle aurait dû, et au petit matin, lorsqu’Odeos nous a abreuvé de sa lumière, elle a explosé six fois. J’avais une première preuve que les lois de ce livre n’étaient valables que lorsqu’il se montrait dans le ciel. Évidemment, je n’avais pas de papier pour prendre des notes, cela coûtait bien trop cher, et hors de question d’abîmer le livre qui fut jadis celui de mes parents. À la place j’entraînais ma mémoire qui ne m’a, pour le moment, jamais fait défaut. Frénétiquement, j’ai ouvert le livre, et j’ai commencé à lire. J’étais tombé sur la façon dont le temps était mesuré, connaissant déjà tout cela, je l’ai relu en diagonale.

Temporalité et mesure. Celle-ci n’a rien à voir avec le temps lui-même et n’est là que par soucis de commodité dans l’exécution des tâches quotidiennes.
Esos signifie le matin. C’est lorsque les premières lueurs d’Odeos sont visibles.
Tripali, l’heure à laquelle les Hommes commencent à travailler. Pilo, désigne la pause, le moment de la journée importe peu.
Entum signifie manger, ou encore le salaire. Cela désigne le mérite dû au travail, de manière générale, il s’agit de manger.
Essa, la soirée. C’est le moment de repos. Enfin, Yrtael signifie la nuit, bien entendu en relation avec l’astre du même nom dont le folklore est si friand.

Je me suis aperçu que le livre joignait à ces textes explicatifs quelques légendes, je me suis perdu dans la lecture de l’une d’elle…


Et voici comment commence la légende d’Uro, un garçon ordinaire dans une maison ordinaire, mais ne vous-y laissez pas prendre… Il pourrait bien vous surprendre.

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