La légende d’Odeos et d’Yrtael

La légende d’Odeos et d’Yrtael

This entry is part 2 of 3 in the series Les aventures d'Uro

J’eus bien demandé à nouveau à Garbi où avais-je fourré mon livre de comtes et légendes, mais j’étais bien le seul responsable cette fois.  Si mes souvenirs ne me faisaient pas défauts, il devait probablement se trouver dans la réserve, c’était un tel fatras dedans que je redoutais de devoir y chercher quoi que ce soit.

Finalement, après quelques efforts moins ardus que je ne le pensais, j’ai finis par le retrouver coincé entre un vieux piège à souris et une boule de poussière qui avait élu domicile ici. C’est qu’elles peuvent être taquines, aussi lui ai-je demandée la permission de récupérer mon livre, elle s’y était attachée. Sans faire d’actions d’éclats, elle a simplement posé la condition que je lui ramène ! Je la trouvais gonflée cette simple poussière, mais elle l’avait gardé et donné de sa personne pour qu’il soit comme neuf. Aussi j’y ai consentis sans trop de problème. Oh d’ailleurs, tant que j’y pense, j’ai retrouvé hier soir quelques chose sur Uro, vous devriez allez faire un tour si ce n’est pas déjà fait !


Les aventures d’Uro

La légende d’Odeos et d’Yrtael – Chapitre 1.2

 

 

    Avant d’être un soleil, Odeos était un homme, celui-ci irradiait la bonté et la puissance par tous les pores de sa peau. Le peuple l’acclamait et le surnommait “Le magicien de la réalité”, partout où il passait, leur vie s’améliorait transformant les heures difficiles de labour, par des machineries qui s’animaient et creusaient des sillons dans le sol. Un jour, alors qu’il était de passage dans un champ, il croisa un viticulteur, celui-ci avait l’air soucieux, ses sourcils étaient froncés et il avait l’air de réfléchir.
Odeos se dirigea vers lui en faisant des signes avec ses grandes mains, à tel point que les montagnes au loin s’étaient retrouvées à l’ombre.
    — Tu as la mine bien basse, quel est donc ce chagrin qui te tourmente tant, dis le moi et je t’en débarrasserai !

    Il avait un grand sourire sur le visage, celui-ci illumina immédiatement toutes les vignes qui se sont mirent à donner du raisin. Le paysan abasourdi par cet homme et sa stature resta interdit avant de lui répondre.
    — Eh bien, un grand seigneur m’a commandé mon vin après être passé par ici. Seulement, il souhaite que je lui livre une centaine de barrique avant le coucher du soleil, je ne peux faire rentrer que dix barrique dans ma maigre charrette, et jamais je n’y serai à l’heure demandée.
Odeos a fait mine de réfléchir et puis a relevé la tête.
    — Très bien, je vais lui amener ces barriques.
    Et puis il est simplement parti en ordonnant aux barriques de le suivre, elles s’exécutèrent, se mirent en rang derrière lui et tous ensemble ils arrivèrent à la demeure du seigneur. Odeos frappa puissamment aux portes, à tel point qu’elles finirent par s’ouvrir d’elles-mêmes sans attendre l’accord de leur maître. Les barriques et lui-même pénétrèrent dans l’enceinte du château, il leur demanda ensuite de s’arrêter ici, leur voyage était terminé. Le seigneur du château descendit et apprécia de voir que le vin était arrivé dans les temps, il fit milles compliments à Odeos. Cependant, celui-ci n’en avait que faire, ses yeux s’étaient posés sur une femme, son nom était venu caresser ses lèvres, Yrtael. Il la dévorait du regard pendant que le maître du château parlait. Il a ensuite regardé son interlocuteur et ardent de savoir, il lui posa la question :
    — Cette personne, est-elle votre femme ?
    — Non, c’est une voyageuse qui me fait l’honneur de sa compagnie lorsque l’envie lui prend.
Odeos regarda le seigneur sans comprendre, il était presque en colère qu’il ne puisse comprendre la beauté de cette femme. Dire qu’il la laissait partir. Odeos voyait en elle un diamant qu’il voulait à tout prix, seulement personne ne pouvait posséder Yrtael. Il s’en est approché et s’est adressé à elle de sa voix puissante.
    — Si j’ai vu la beauté dans mes voyages à travers le monde, aucune ne vous égale. Je vous offrirai tout ce que vous désirez pour l’éternité si vous venez me rejoindre dans mon royaume.
Mais Yrtael est restée sans voix, elle le regarda simplement. Ce n’était pas un regard hautain, mais plutôt de tristesse. Odeos qui ne comprenait pas voulu l’aider, par le pouvoir des mots, il demanda au coeur d’Yrtael de lui dévoiler ses secrets. Cependant, il ne lui répondit pas, il était hermétiquement fermé. Plus encore, celui-ci comprit qu’elle lui avait volé quelque chose de très précieux. Lui qui n’avait pu lire en son coeur s’était transformé en un livre ouvert, Yrtael y avait vu ses secrets les plus noirs les faisant sien. Dans le même temps, le coeur d’Odeos s’est allégé mais il ne lui appartenait plus. Il devait les récupérer, mais ses yeux, son corps et son coeur étaient obnubilé par la seule présence d’Yrtael. Avec une voix douce, celle-ci lui répondit.
    — Vos secrets sont bien gardés, chaque nuit je vous les rendrais, ainsi que votre coeur et en échange je vous donnerai les miens chaque fois que le soleil se lèvera. Et vous porterez à votre tour mon fardeau.
Odeos était désespéré, non pas parce que ses secrets avaient été volés, mais parce qu’il ne voulait pas la laisser partir. Il ne pouvait pas lui infliger le poids de ses malheurs chaque nuit. Dans un dernier espoir vain, il utilisa le pouvoir des mots pour la clouer sur place.
    — Demeure !
Yrtael était digne, et même ainsi clouée par le pouvoir d’Odeos, elle était resplendissante. Elle n’attendit pas qu’Odeos relâche son étreinte, le temps d’une seconde, la lumière disparut, et elle aussi. Odeos était atterré, il gardait en tête l’image rémanente d’Yrtael. À sa recherche, il demanda au soleil de l’aider à la retrouver, mais ils ne purent distinguer ne serait-ce qu’une trace de son passage. Elle s’était volatilisée. Le jour suivant, Odeos a récupéré son coeur et ses secrets, mais ceux d’Yrtael également. Ce fut alors qu’il comprit : Yrtael ne l’avait ni fuit ou volé, elle serait toujours avec lui chaque jour, et il serait toujours avec elle chaque nuit.

    On raconte aujourd’hui qu’ils ont pris la place des astres de notre monde, devenant soleil et lune se cherchant vainement l’un l’autre, comme le mensonge et la vérité qui se côtoient sans jamais s’apercevoir.

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