Les brigadiers d’Astarf

Les brigadiers d’Astarf

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— Garbi ?! ai-je crié de toute ma voix.

Aucune réponse, cela faisait plusieurs jours que je ne l’avais pas vu, cela lui arrivait parfois de s’éclipser. Je n’osais pas lui avouer, mais j’étais mort d’inquiétude chaque fois qu’il le faisait, à son âge on était plus raisonnable que ça !

Pour arrêter de tourner en rond à attendre son retour, j’hésitais à relire les histoires d’Uro et puis j’optais finalement pour celle de brigadiers d’Astarf, ma mère me la lisait enfant. Je trouvais une grande réminiscence et un certain réconfort dans sa lecture.

 


Les brigadiers d’Astarf

Chapitre 1.1

Un petit filet de bave coulait sur la bouche entrouverte de Jonas, elle formait une sorte de sourire béat. Sa couverture en désordre, une jambe dessus, l’autre en dessous, rien ne semblait pouvoir déranger son sommeil si profond. Le petit rayon de soleil qui se glissait subrepticement jusqu’à lui n’était pas de cet avis. Il trépignait d’impatience, dans quelques minutes il aurait atteint son visage ! Une sonnerie de métal, un tintement bruyant et désagréable contrediras notre homme et le soleil en quelques secondes. Ses yeux toujours mi-clos tentèrent de s’habituer à la lumière ambiante. Un long bâillement s’arracha de sa bouche, elle était légèrement pâteuse il tâtonna pour trouver la bouteille d’eau au pied de son lit. L’air en ville était toujours saturé, les usines à charbon ne s’arrêtaient jamais et finissaient par déposer de fines couches noires un peu partout, même à l’intérieur. D’un geste habitué, notre homme convoqua le feu, une petit boule apparu dans sa main, quelques secondes après elle se divisa pour aller rejoindre les deux lampes à pétrole qui ornait la chambre. Ce n’était pas spécialement utile aujourd’hui puisque nous étions Lundi, l’astre d’Astarf continuerait de briller jusqu’à Mardi. Pas de nuit pour ce soir donc, à cette idée Jonas se sentit las, il détestait les nuits qui n’en n’étaient pas. Difficile de trouver le sommeil, encore plus difficile d’attaquer la journée du lendemain. Au vu de l’amélioration à la luminosité ambiante apportée par les lampes, notre homme récupéra celui qu’il avait convoqué d’un geste de la main. Inutile de brûler du pétrole pour rien, les fins de mois étaient suffisamment difficile comme ça.

Aujourd’hui, c’était la cérémonie de remise de son diplôme, cette idée lui mis un peu de baume au coeur. Voilà sept ans qu’il travaillait d’arrache-pied pour devenir brigadier, son rêve se réalisait enfin. Les brigadiers étaient chargés de maintenir l’ordre dès lors qu’une magie quelconque entrait en jeu. Les interventions étaient parfois délicates, mais dans sa ville les choses étaient plutôt tranquilles. Jonas n’aspirait qu’à quitter cet endroit le plus vite possible, devenir brigadier était le meilleur moyen pour cela. Contrairement à ses camarades, il n’était pas animé par une soif de justice, où une soif de contrôle, le simple fait de s’imaginer pouvoir partir d’ici était déjà une récompense en soi. Ses collègues ne l’appréciait pas particulièrement, c’était même probablement l’inverse. Major de sa promotion tout en séchant régulièrement les cours, des problèmes de discipline et pourtant toujours premier dans tous les domaines.
Jonas savait bien pourquoi, leurs ambitions étaient différentes, il n’avait pas l’intention de s’arrêter à passer les menottes à de vulgaires criminels. Ou à de pauvres gens sans le sous qui finissent par craquer, dans le simple espoir de finir en prison, cela valait parfois mieux pour eux. Tout en chassant ses idées noires, il revêtit son uniforme. Une veste noire à épaulettes, sobre, les fils étaient de couleur or sans en être pour autant. Son pantalon était noir également, tout comme ses chaussures de terrain, adaptées à la boue, aux pavés ou encore aux surfaces glissantes. Il hésita à se passer un coup de peigne pour la cérémonie, ça serait bien la première fois. Et puis d’un haussement d’épaule il abandonna cette idée, ses cheveux étaient de toute façon broussailleux et presque impossible à coiffer. Il ne connaissait qu’un coiffeur capable d’y arriver et c’était autrefois un alchimiste de renom. Il n’avait gardé qu’une fiole de cette lotion qu’il appliquait, quoique l’occasion fut toute choisie, il décida de la conserver pour un autre jour. Peut-être pour jamais, allez savoir. Son béret coincé entre l’épaule et le bras, il expira longuement avant de trouver un regard sérieux, on pouvait y voir la flamme qui l’animait. Maintenant parfaitement réveillé et lavé, il descendit les escaliers en essayant de ne pas froisser son uniforme, encore une des contradictions de son chef de brigade. Comment pouvait-on garder un uniforme impeccable alors que le propre de notre travail était de mettre les mains dans le cambouis ?

Une pluie fine tombait, c’était les mages de la ville qui s’y employaient, cela permettait de faire tomber au sol la poussière de charbon et d’en limiter l’ingestion par les citoyens. Jonas mis son béret pour s’en protéger et fit signe à une des nombreuses taupes qui attendaient en bas de chez lui. C’était la plupart du temps des hommes, parfois des femmes, le travail était rude physiquement et il admirait celles qui n’y rechignaient pas. Les taupes était le surnom donnés à ces gens, ils connaissaient parfaitement le réseau de galeries creusé sous la ville, parfais pour se déplacer. Y aller seul était une folie, les éboulements et changements de direction était trop nombreux, beaucoup y avaient trouvé la mort. Les taupes savait magner la terre, éviter les éboulements et dégager une voie encombrée.

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