Les brigadiers d’Astarf

Les brigadiers d’Astarf

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— Garbi ?! ai-je crié de toute ma voix.

Aucune réponse, cela faisait plusieurs jours que je ne l’avais pas vu, cela lui arrivait parfois de s’éclipser. Je n’osais pas lui avouer, mais j’étais mort d’inquiétude chaque fois qu’il le faisait, à son âge on était plus raisonnable que ça !

Pour arrêter de tourner en rond à attendre son retour, j’hésitais à relire les histoires d’Uro et puis j’optais finalement pour celle de brigadiers d’Astarf, ma mère me la lisait enfant. Je trouvais une grande réminiscence et un certain réconfort dans sa lecture.

 


Les brigadiers d’Astarf

Chapitre 1.1

Un petit filet de bave coulait sur la bouche entrouverte de Jonas, elle formait une sorte de sourire béat. Sa couverture en désordre, une jambe dessus, l’autre en dessous, rien ne semblait pouvoir déranger son sommeil si profond. Le petit rayon de soleil qui se glissait subrepticement jusqu’à lui n’était pas de cet avis. Il trépignait d’impatience, dans quelques minutes il aurait atteint son visage ! Une sonnerie de métal, un tintement bruyant et désagréable contrediras notre homme et le soleil en quelques secondes. Ses yeux toujours mi-clos tentèrent de s’habituer à la lumière ambiante. Un long bâillement s’arracha de sa bouche, elle était légèrement pâteuse, il tâtonna pour trouver la bouteille d’eau au pied de son lit. L’air en ville était toujours saturé, les usines à charbon ne s’arrêtaient jamais et finissaient par déposer de fines couches noires un peu partout, même à l’intérieur. D’un geste habitué, notre homme convoqua le feu, une petit boule apparue dans sa main, quelques secondes après elle se divisa pour aller rejoindre les deux lampes à pétrole qui ornait la chambre. Ce n’était pas spécialement utile aujourd’hui puisque nous étions lundi, l’astre d’Astarf continuerait de briller jusqu’à mardi. Pas de nuit pour ce soir donc, à cette idée Jonas se sentit las, il détestait les nuits qui n’en n’étaient pas. Difficile de trouver le sommeil, encore plus difficile d’attaquer la journée du lendemain. Au vue de l’amélioration de la luminosité ambiante apportée par les lampes, notre homme récupéra celui qu’il avait convoqué d’un geste de la main. Inutile de brûler du pétrole pour rien, les fins de mois étaient suffisamment difficile comme ça. Il vivait dans une petite chambre, beaucoup dirait que c’est un luxe pour un étudiant, mais au vu de la chambre il n’était pas de la partie. Un lit simple, une table de chevet et un bureau composait en tout et pour tout le mobilier. La fenêtre n’avait pas de volet et laissait passer le vent, provoquant de léger sifflement la nuit. Sur la droite, une porte, ou du moins elle aurait dû y être. Il n’y avait plus que l’encadrement et les gonds pour maintenir celle-ci. Derrière, un lavabo, un miroir, et des toilettes, de l’eau goûtait régulièrement des canalisations. Tous les matins, Jonas griffonnait quelques cercles d’appel à Ohru, une divinité de l’air. Faire circuler l’air évitait que la moisissure ne se répandent de trop.

Aujourd’hui, c’était la cérémonie de remise de son diplôme, cette idée lui mis un peu de baume au coeur. Voilà deux ans qu’il travaillait d’arrache-pied pour intégrer l’académie des brigadiers. Ils étaient chargés de maintenir l’ordre dès lors qu’un usage illicite d’une divinité entrait en jeu. Les interventions étaient parfois délicates, mais dans sa ville les choses étaient plutôt tranquilles. Jonas n’aspirait qu’à quitter cet endroit le plus vite possible, et devenir brigadier était le meilleur moyen pour cela. Contrairement à ses camarades, il n’était pas animé par une soif de justice ou de contrôle, le simple fait de s’imaginer pouvoir partir d’ici était déjà une récompense en soi. Sa classe ne l’appréciait pas particulièrement, c’était même l’inverse. Major de sa promotion tout en séchant régulièrement les cours, des problèmes de discipline et pourtant toujours premier dans tous les domaines. Jonas savait parfaitement pourquoi. Leurs ambitions étaient différentes, il n’aspirait pas à obtenir un poste moyen pour se tenir à l’abris des incessantes guerre de clans. Il connaissait son rêve, partir d’ici, devenir brigadier et donner sens à sa vie ; quitter cette ville, respirer un air frais, découvrir le vaste monde qui l’entourait. Tout en pensant à cela, il revêtissait son uniforme. Une veste noire, sobre, les coutures étaient de couleur bronze sans en être pour autant. Son pantalon était noir également, tout comme ses chaussures de terrain, adaptées à la boue, aux pavés ou encore aux surfaces glissantes. Il hésita à se passer un coup de peigne pour la cérémonie, ça serait bien la première fois. Et puis d’un haussement d’épaule, il abandonna cette idée, ses cheveux étaient de toute façon broussailleux et presque impossible à coiffer. Il ne connaissait qu’un coiffeur capable d’y arriver et c’était autrefois un alchimiste de renom. Une fiole de cette lotion qu’il appliquait trônait sur le lavabo, quoique l’occasion fut toute choisie, il décida de la conserver pour un autre jour. Peut-être pour jamais, allez savoir. Son béret coincé entre l’épaule et le bras, il expira longuement avant de trouver un regard sérieux, on pouvait y voir la flamme qui l’animait. Maintenant parfaitement réveillé et lavé, il descendit les escaliers en essayant de ne pas froisser son uniforme, il se faisait rabrouer tous les matins depuis deux ans à cause de cela. Pour la remise de son diplôme, il essairai de faire attention.

La province du Pré-des-Dieux était méconnaissable. Jonas avait quelques souvenirs mais en à peine dix ans, tout avait changé. L’herbe verte, les grandes plaines et l’horizon à perte de vue n’était désormais plus que de la terre battue, souillée par la poussière de charbon. Les grandes tours dans le centre ville étaient abritées, les mages de la ville s’employait à dresser suffisament de barrière pour les protéger. Le ghetto qui entourait ce centre était une poubelle, les mineurs, les taupes et toute la misère de cette ville était réunie ici. La seule chose qui était resté tel qu’il l’avait connu était l’académie, bâti depuis les pierres des carrières d’Oursoul, plus solide encore que le métal et aussi lourdes qu’une enclume. Cet ancien fort de guerre trônait au milieu d’une des dernières prairies vertes à l’extérieur de la ville. La grande majoritée avait été labourée et n’était plus que de la terre tassée, pour les voitures puisse y passer. Les officiels des ligues suffisament puissante pour se faire entendre clâmait haut et fort que la ville n’était jamais allé mieux, et que c’était de leur fait. Ce simple fort suffisait à les contredire, vestige de nos ancêtres, ils avaient été incapable de le démolire, même avec la meilleure volonté du monde. En levant les yeux, Jonas vit qu’une pluie fine tombat, c’était encore les mages de la ville. Il y avait tellement de poussière de charbon que leur barrière ne suffisait plus à s’en protéger, ils la faisaient maintenant tomber au sol grâce à cela. Résultat, les semblant de rues fait en terre battue n’était que de la gadou, noire colorée par le charbon.

Jonas mis son béret pour s’en protéger et fit signe à une des nombreuses taupes qui attendaient en bas de chez lui. C’était la plupart du temps des hommes, parfois des femmes, le travail était rude et il admirait celles qui n’y rechignaient pas. Les taupes étaient le surnom donnés à ces gens, ils connaissaient parfaitement le réseau de galeries creusés sous la ville, idéal pour se déplacer. Y aller seul était une folie, les éboulements et changements de direction étaient trop nombreux, beaucoup y avaient trouvé la mort. Les taupes avaient toutes passées un contrat avec Sog, une divinité mineure de la terre. Elle leur permettait d’éviter les éboulements et de dégager une voie encombrée. Qui plus est, continuer par la ville était parfaitement impensable pour Jonas, son uniforme serait teinté de boue et de charbon au bout de quelques minutes à peine. Contrairement aux autres, il n’avait ni les moyens de se payer une voiture, ni les faveurs des professeurs. C’était même l’inverse, leur donner une occasion de s’en prendre à lui à la cérémonie de remise des diplômes serait une très mauvaise idée, songea-il. Il abandonna donc l’air étouffant, la pluie et la terre battue qui avait déjà sali ses chaussures pour entrer dans l’atmosphère chaude et pesante des galeries. La taupe ne dit mot de tout le trajet, ils bifurquèrent à droite, puis à gauche et encore à droite. Un long tunnel de plusieurs centaines de mètres se présentait à eux, seule la lampe de son éphémère compagnon les éclairaient. Les étudiants comme lui n’étaient généralement pas aimé du peuple. Souvent considéré comme des privilégiés qui les regarderaient du haut d’une de ces grandes tours dans le centre plus tard. Beaucoup n’étaient jamais ressortis de ces galeries, Jonas ne s’inquiétait pas outre mesure. Il avait par le passé plusieurs fois aidé quelques-uns de ces malheureux à ne pas mourrir de froid en leur offrant un feu. Ce n’était pas grand chose, mais dans le ghetto, il était important d’être en bon terme avec les taupes.

La lumière fit une apparition timide, tirant Jonas de ses pensées. Il sortit de sa bourse quelques piécettes qu’il envoya voler vers la main de son guide. Celui-ci repartit aussi silencieusement qu’il était venu. L’académie était une vielle bâtisse, grande et robuste. Elle trônait fièrement à l’extérieur de la ville, encore entourée d’une prairie, l’herbe noircie par la suie. Cerclée par une grande enceinte presque indestructible, un grand bâtiment se dressait dans le fond, laissant une grande cour de terre battue au milieu. On distinguait encore la trace des pierres qui avait autrefois pâvé cet espace, elles avaient probablement été enlevées dans une vaine tentative de démolition. Nos aînés avait construit ici quelque chose d’incroyable, aujourd’hui le pays entier n’était plus qu’un ramassis de politiciens corrompus au service des ligues. Jonas prit une grande inspiration tout en renforçant sa détermination. Il allait enfin quitter sa promotion, symbole de tout ce qu’il haïssait. Les portes, fortent d’au moins trois mètres de hauteur étaient grandes ouvertes et plusieures voitures étaient arrêtées devant. De nombreux gardes du corps les escortaient. Perdu dans ses pensées tout en avançant le plus naturellement possible vers l’académie, Jonas se demandait ce qu’il avait prit à ses parents de l’inscrire ici. Quelques mois avant leur mort dans une banale guerre entre deux ligue, ils avaient donnés tout ce qu’ils possédaient pour l’inscrire dans cette école. En vu qu’il obtienne un travail en ville supposait Jonas, loin de tout cela. Ses yeux brillèrent d’un sombre éclat déterminé, il n’aspirait pas à travailler en ville, pas après ce qu’il s’était passé. Comment pouvait-il accepter de rester ici à pourrir à petit feu, dans une ville rongée par la moisissure et la corruption ? Bien que de sombres pensées l’assaillir, il les mis de côté. Jonas était d’un naturel jovial mais ces dernières années l’avait mis à rude épreuve, aussi était il devenu peu loquace.

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