Les rites et traditions

Les rites et traditions

This entry is part 3 of 3 in the series Les aventures d'Uro

Je tournais les pages tout en feuilletant mes notes. Je corrigeais quelques fautes et quelques tournures de phrase, voilà que cinq minutes après à peine j’avais corrigé la légende. Les yeux fatigués, j’allais reposer ma plume quand finalement, j’ai décidé de terminer le chapitre un. Je suis tout de même aller récupérer mes lunettes, la lecture me devenait difficile en soirée.

 


Les aventures d’Uro

Rites et traditions – Chapitre 1.3

uro, fantasy

— Du Diable Uro ! Tu attends qu’il soit Essa pour venir m’aider ou bien ?
Évidemment, je m’étais perdu dans la lecture de cette histoire et j’étais en retard pour aider mon père à l’atelier. J’ai soigneusement rangé le livre, remis en place la latte de parquet et je me suis rué dans les escaliers. À bout de souffle, je suis arrivé dans l’atelier. En vérité, c’était un simple auvent soutenu par deux piliers et la façade sud de la maison. Il y avait au milieu un grand établi. Le mur sur lequel le toit s’appuyait était couvert d’outils en tous genres. Je serais parfaitement incapable de tous les nommer ou d’en connaître l‘utilité. Mon père se bornait simplement à me demander de l’aide pour porter des bûches, ou bloquer des planches qui étaient trop grande pour l’étau. Je me contentais d’observer. Mon attention s’est reportée sur mon père :
— File dans la réserve me chercher du sapin, de l’orme et du hêtre.
Puis, tout en travaillant le bois, il a marmonné
— L’hiver sera bientôt là, et je dois fumer les portes avec ou Odeos ne nous protégera pas…
J’ai haussé les épaules, n’étant pas croyant et certainement pas superstitieux, mais c’était l’un de nos meilleurs gagne pain à cette époque de l’année. Tous les villageois venaient se protéger contre un quelconque esprit qui rôderait l’hiver venu. Ce qui était intéressant dans ce vieux rite, c’était seulement que le mélange de bois utilisé pour le brasier à fumage était le même que l’heme. Un association de tous ces bois avec différentes propriétés et couleurs qui changeaient en fonction de son âge, elles allaient de l’empoisonnement jusqu’à l’explosion. C’était précisément le mélange utilisé dans ma chandelle, j’ai rapidement écarté toutes ces pensées et je suis allé chercher le bois avant de me faire rabrouer. Mon père et moi-même avions imaginé un système, il permettait acheminer le bois de la réserve jusqu’à l’atelier facilement. Les bûches étaient compartimentées selon leur type. En dessous de chaque compartiment se trouvait un conteneur à roulette. Il suffisait simplement de tirer sur une ficelle, alors la trappe s’ouvrait et les bûches dégringolaient dans le conteneur. J’ai entrepris de récupérer ces trois chariots et d’acheminer le bois jusqu’au foyer destiné à accueillir ces grands brasiers de fumage.

Comme toujours, j’observais seulement mon père faire, selon lui, la qualité d’un bon menuisier est la patience. Aussi, était-elle mise à rude épreuve chaque jour, à tel point que mon esprit vagabondait souvent dans des registres bien différents de celui du bois. Je ressassais sans cesse ce qui s’était passé avec la chandelle cette nuit, elle avait continué à brûler comme en témoignait la flaque de cire mais l’heme n’avait pas explosé. Je relativisais ma victoire, cela pouvait être parfaitement dû à la maturation de celui-ci qui était approximative. J’ai écarté cette théorie en me rappelant qu’elle avait explosé à six reprises ce matin, la maturation était donc correcte. Mon père m’a brusquement tiré de mes pensées.
— Uro ! Le brasier ne va pas s’allumer tout seul, où as-tu la tête ce matin ? Tu n’es pas à ce que tu fais…
Je l’ai laissé continuer sa morale, elle ne m’intéressait pas, de temps à autre j’inclinais la tête en signe de consentement à ce qu’il me disait. Tout en regardant le feu s’embraser, j’observais mon père, c’était un homme massif avec la barbe grisonnante. Son corps parlait de lui-même, il exprimait quelqu’un de dédié à son travail, franc, droit et aussi rugueux que les matériaux qu’il manipulait. En revanche, lorsqu’il portait son tablier d’ébéniste et qu’il œuvrait le bois, il était incroyablement délicat, bien plus qu’avec sa propre femme, il lançait des regards enflammés aux planches qu’il façonnait et les caressait du bout des doigts avec une extrême légèreté. J’étais à peu près sûr qu’il parlait à ses créations en secret et que dans la même intimité, le bois lui répondait pour se plier à ses désirs.

Attirés par l’odeur du Heme qui brûlait, on pouvait voir au loin les villageois qui commençaient à nous rejoindre tenant chacun leur porte. J’ai involontairement explosé de rire en voyant ce spectacle d’une bêtise rare. Mon père m’a foudroyé du regard.
— Moque toi, mais tous ces gens ont dans leur cœur une chose que tu ne peux comprendre, que tu n’as pas. Ils savent respecter les traditions, montrer leur gratitude envers Odeos.
Nous y voilà, le laïus moralisateur, de mes aînés, des racines, du respect de la tradition… Je me moque de tout cela !
— Mais papa… Le vieux Ben n’a jamais fait fumer sa porte, et il n’a jamais vu d’esprit rentrer chez lui ! La seule réelle utilité à ce rituel est l’argent qu’il nous apporte.
J’ai vu mon père blêmir et lever les yeux au ciel. Il marmonnait des prières en touchant le pendentif en bois d’Odeos. J’ai aperçu la tempête se profiler, et j’ai préféré faire immédiatement amende honorable.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire, j’essaye simplement de comprendre. Je n’avais pas l’intention de blasphémer.
— Pas l’intention de blasphémer ?! Tu oses me dire que j’utilise le nom d’Odeos pour arracher à ces pauvres gens quelques Tems ? Tu as à peine quinze ans, et tu penses savoir ? Que sais-tu du monde qui t’entoure Uro ? Tu n’as jamais quitté le village, jamais vu une ville de tes yeux !
Je n’ai pas renchéri. Je savais que c’était inutile, et une partie de moi savait qu’il n’avait pas tout à fait tort…
— Tu vas aller voir le forgeron et lui commander une vingtaine de charnières. Et pas du métal ingrat, je veux un alliage correct cette fois-ci. Les clients se sont plaint des charnières gelées par le froid et bloquées.
J’ai acquiescé silencieusement et je me suis rendu chez le forgeron tout en étant perdu dans mes pensées. Je m’interrogeais sur la tempête qu’il déclencherait s’il venait à découvrir que je possédais un livre reniant Odeos comme un Dieu, et en le considérant tout au plus comme un simple personnage de légende.
J’ai marché machinalement, comme si quelqu’un me prenait par la main et me guidait jusqu’à chez lui, j’ai descendu prudemment le rocher, j’ai tourné après la chaumière… Le fil de mes rêveries s’interrompit brusquement en me rendant compte que j’étais déjà arrivé chez le forgeron.
C’était un homme de haute stature, brun, imposant et peu bavard. Il était au fond de son atelier, et il me fit signe d’approcher. Les braises rougeoyantes de la forge éclairaient partiellement son visage dur et renfermé. J’avoue que je n’étais jamais rassuré à l’idée de devoir lui rendre visite.
— Mon père m’envoie chercher des charnières. Il souhaite qu’elles soient faites avec un alliage ou n’importe quel métal qui résiste au froid. L’an passé, certaines se sont bloquées.
Pour toute réponse, il m’a regardé, et a émis une sorte de grognement.
— Demain, à Essa. Ça te coûtera 2 Tems.
Il m’a congédié de la main sans plus de cérémonie, j’ai obtempéré et je suis sorti sans un bruit.
Sur le chemin du retour, je me suis aperçu qu’Yrtael était en train de nous couvrir de son voile noir, alors j’ai accéléré le pas. Le forgeron habite loin de chez moi, et j’ai regretté de ne pas avoir pris Cas, notre vieux cerf pour y aller.
Il n’est pas conseillé de se balader la nuit, il n’y a pas de chemin ou de route tracée pour aller chez moi. Il est facile de se perdre et de marcher ou l’ont ne devrait pas.

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