Chambre 208

Chambre 208

 

Jules prend une grande inspiration, essayant de se détendre au maximum. Même si il sait qu’une fois à l’intérieur de la chambre il sera très détendu, c’est toujours un peu bizarre pour lui. Il a toujours cette petite boule au ventre en repensant à ce qu’il va faire, n’étant pas vraiment à l’aise avec le fait de tromper sa copine avec son plan cul régulier. Plan cul régulier qui soit dit en passant, est une très bonne amie à lui. Et à qui il fait des promesses d’avenir. Il sait que c’est paradoxal mais c’est comme ça. Il est incapable de se passer d’elle, alors il fait avec. Quitte à débourser une bonne partie de son argent dans des chambres d’hôtels, ce n’est qu’un foutu détail pour lui.

Il regarde l’heure sur son portable. 20H30. Il est pile à l’heure. Il reprend une grande inspiration et toque à la porte, la 208, toujours la même. La réponse ne se fait pas attendre longtemps. Une voix féminine remplie de promesses annonce sa venue et même pas trente secondes plus tard, la porte s’ouvre sur Valentine.

Comme à chaque fois qu’il la voit, Jules se sent comme un con. Il s’est toujours trouvé pas très beau, pas moche non plus mais ne sortant pas de l’ordinaire, petit et maladroit, timide et un peu isolé des autres. Même si il a une vie sociale très remplie, tout comme sa vie professionnelle, il ne peut pas s’enlever de la tête qu’il ne comprend pas pourquoi certaines nanas le regardent avec envie. Ça le dépasse. Et quand il voit Valentine, il comprend encore moins. Il la trouve tellement belle, tellement femme, tellement… au dessus de toutes les autres nanas, en fait. Il a l’impression de ne pas être assez bien pour elle, de ne jamais en faire assez. Mais il ne le montre jamais et vit avec, parce qu’au fond, il s’en fout un peu. Avec le temps il est devenu quelqu’un de simple : il ne se prend pas la tête, le moins possible disons, et sait apprécier ce que la vie lui donne. Et Valentine, c’est une grande chose que la vie lui donne, alors il essaie de l’apprécier à sa juste valeur.

-Salut, murmure t-elle dans un petit sourire.

Elle est en peignoir de soie, ses longs cheveux tombant en cascade dans son dos et sur sa poitrine. Elle a un visage fatigué, plus fatigué que d’habitude, mais Jules fait comme s’il n’avait rien vu. C’est une règle entre eux : on ne se pose pas de questions. Ses lèvres l’appellent sans qu’il puisse vraiment y résister, et à peine a t-elle refermé la porte qu’il la tire contre lui pour l’embrasser. Mais doucement, sans se presser, juste pour apprécier la douceur de ses lèvres. Elle répond avec passion en glissant ses mains dans son dos, ce qui lui procure de délicieux frissons. Jules la relâche finalement avec un grand sourire, elle a les joues légèrement rougies et ça lui apporte une certaine fierté. Savoir que c’est lui qui lui fait cet effet là le rend souvent très heureux.

Elle prend sa main et l’emmène dans la chambre avec une sensualité presque obscène, et sans même s’en rendre compte. Souvent, Jules se demande si c’est lui qui déconne parce qu’il est obsédé par elle, ou si elle a vraiment cette sensualité, cette présence et cette chaleur de dingue. Sans doute ne saura t-il jamais. Il s’assoit sur le canapé en s’étirant, déjà plus détendu qu’à son arrivée. Il sait que dans une dizaine de minutes ils seront nus l’un contre l’autre dans le lit en face de lui, mais pour le moment, il est bien où il est. Il ne la presse jamais, toute leur relation fonctionne sur une proposition constante et la patience.

-Qu’est ce que tu veux boire ? Demande t-elle derrière lui en fouillant le minibar.

-Ce que tu veux. Comme toujours.

-Un whisky, ça te vas ?

-C’est parfait.

Jules ne boit jamais de whisky, sauf ici. Mais à bien y réfléchir, si les gens voyaient son comportement ici, sûrement ne le reconnaîtrait-il pas. Il est bien différent en dehors de cette chambre mais quand il est dans la même pièce qu’elle, il se laisse porter. Valentine revient vers lui avec un sourire espiègle et lui donne son verre de whisky avec une sensualité propre à elle-même, mais cette fois, c’est volontaire. Jules serre son verre dans sa main droite, la gauche occupée à tripoter le tissu du canapé avec une certaine excitation mêlée à une légère nervosité, et elle se penche pour lui murmurer avec une joie aussi obscène que la plupart de ses gestes :

-J’ai une surprise pour toi…

-Ah ? Murmure faiblement le brun.

-Finis vite ton verre, tu auras bientôt les mains prises.

Le jeune homme déglutit durement. Putain de merde, pense t-il. Comment fait-elle pour aussi bien l’allumer, avec deux petites phrases de rien du tout ? Elle se relève et se recule un peu, défaisant son peignoir avec une lenteur affreuse. Jules boit rapidement une première gorgée de son verre, grimaçant sous la teneur en alcool de celui-ci. Pour une première gorgée, il y est peut-être allé un peu fort. Il reste concentré sur son amante qui après un léger mouvement d’épaules, a laissé tomber son seul habit au sol. Jules allait boire une seconde gorgée de whisky mais ce qu’il voit le laisse comme un con. Il balaye le corps de la jeune femme qu’il trouve divine et mord l’intérieur de sa joue en voyant qu’elle a osée porter un truc aussi sexy. Ce qu’il aime chez elle c’est son côté naturel : pas de sous-vêtements de folie, juste quelques petits trucs mignons et ça lui va très bien. Mais là, il se dit que ça vaut carrément le coup de faire l’effort en sentant ce qui fait de lui un homme se réveiller directement dans son pantalon.

Elle porte un simple soutien gorge vert émeraude qui épouse parfaitement ses seins et un string qui, il doit bien l’avouer, lui fait des hanches de folie. Merde alors, avant aujourd’hui je n’aimais pas les strings, soupire t-il intérieurement. Ses yeux remontent et croisent ceux de la jeune femme qui lui laisse apercevoir une certaine appréhension. Parce que même si elle fait la nana sûre d’elle, il sait qu’elle est aussi complexée que lui. Ce qui le surprend toujours, mais la rassurer ne le dérange pas, bien au contraire. On a tous nos complexes. Il sourit et murmure, le souffle haché par l’excitation :

-Tu es magnifique.

-C’est vrai ? Ça te plais ?

Quand elle lui demande ça il la sent se remplir de joie, ce qui le fait grandement sourire. On dirait qu’elle est sa copine et qu’elle lui demande si il aime sa jupe, ses chaussures et un nouveau bijou. C’est affreusement cliché mais dans des moments comme celui-ci, il se sent presque en couple avec elle, et ça lui plaît. Ça lui plaît beaucoup trop, même.

-Comment peux tu croire que ça ne me plais pas ? Sourit le châtain en riant presque. Tu es superbe.

-Merci, murmure t-elle.

Il prend une énième gorgée de whisky, grimaçant toujours, repose le verre et s’approche doucement d’elle. Elle ne bouge pas, un sourire heureux coincé sur ses lèvres, et il pose une main douce sur sa taille pendant que l’autre caresse ses cheveux.

-Tu n’as pas fini ton verre, dit-elle avec amusement.

-Je m’en fou.

Son ton est rauque, plus sec qu’il ne l’aurait pensé. Il s’apprête à s’excuser mais les lèvres de Valentine se posent délicatement sur les siennes, ce qui lui fait perdre toute envie de discuter. Presque automatiquement il engage un baiser passionné et brusque, voulant faire passer toute son envie dedans. Elle passe ses mains dans ses cheveux, les agrippant presque, et il agrippe sa taille. Il a envie de la dévorer, littéralement. Il n’a qu’une nuit avec elle et il sait qu’ils ne vont pas se revoir avant un bon mois par la suite, donc il veut en profiter dès maintenant.

♦ ♦ ♦

Il aime ce calme si harmonieusement coupé par leurs respirations saccadées. Cette sensation en lui, ce sentiment d’être entier et léger, dans un bien-être total. Il déglutit en essayant de reprendre son souffle correctement mais ça lui importe peu au final. Un sourire heureux trône sur ses lèvres et n’est pas prêt de partir. Il tourne la tête et aperçoit Valentine dans le même état que lui, couchée sur le ventre. Elle a les yeux fermées et une certaine tranquillité se dégage d’elle. Une sorte de chaleur enveloppante, remplie d’amour. Il tend le bras et promène ses doigts sur son dos, appréciant la douceur de sa peau comme il l’a apprécié pendant cette dernière demie-heure. Elle frémit, rit doucement, et Jules se fait la réflexion que c’est son moment préféré. Parce que c’est le seul moment où leurs barrières sont oubliées. Il peut la retenir, lui dire qu’il l’aime, l’embrasser, recommencer à la faire gémir, lui promettre de partir un jour avec elle… Pendant ces quelques minutes précieuses, tout est possible.

Cédant à son envie, il glisse auprès d’elle et embrasse sa nuque pour descendre doucement dans son dos. Elle mord sa lèvre et ne bouge pas, appréciant de sentir les lèvres du brun sur son corps, elle émet même quelques gémissements appréciateurs. Il remonte délicatement vers son visage et murmure à son oreille avec une tendresse qui la fait rougir :

-Tu es tellement belle…

Elle sourit doucement et se retourne pour l’inviter entre ses reins. Il s’y glisse directement, ne refusant pas une telle invitation, et l’embrasse avec émotion. Elle gémit presque et comme à chaque fois, elle pleure très légèrement.

Il y a toujours un moment où leur amour ressurgit, sans qu’ils puissent l’en empêcher, combiné à plusieurs choses dont il ne sait rien, et ça devient trop pour elle. Alors il la laisse pleurer en silence, la laissant s’accrocher à sa nuque avec force, la laissant se cacher dans son épaule. Il la berce presque, embrassant tout ce qu’il peut embrasser, et elle se détend enfin. Ses pleurs s’arrêtent et elle est de nouveau souriante et espiègle. Il caresse son visage avec amour et ils rient ensembles, comme deux adolescents lors de leur premier flirt.

-Tu dois partir vers quelle heure ?

-Quand j’en aurais envie.

-Tu rentres quand tu veux ? Demande t-elle, surprise et heureuse.

-On va dire que j’ai pris ma nuit.

Valentine a un sourire tellement éblouissant que pendant quelques secondes, le pauvre Jules est figé. Le bonheur lui va si bien, se dit-il intérieurement. Il caresse de nouveau sa joue et se penche pour l’embrasser avec délicatesse, ne se lassant jamais de ses lèvres. Il la laisse finalement respirer, appréciant de la voir rouvrir les yeux avec un air chamboulé, et se penche pour humer son odeur. Ça aussi, il ne peut pas s’en passer.

-Drogué, murmure t-elle avec amusement.

-Je sais, rit-il.

Quelqu’un toque à la porte, ce qui les ramène directement sur terre. Valentine fronce les sourcils, n’attendant pas spécialement quelqu’un, et Jules se décale sur le côté, la libérant de son poids. Elle enfile rapidement un peignoir, la mine renfrognée.

-Bouge pas, je vais y aller.

La jeune femme sourit à son amant, un peu rassurée. Elle n’est pas quelqu’un de particulièrement sociable et quand ce genre de chose arrive, elle n’est jamais à l’aise. Jules enfile rapidement son caleçon et son t-shirt qu’il ramasse sur le sol et se dirige vers la porte. Il se retrouve face à un mec en costard qui n’a pas l’air de super bonne humeur et le brun a une petite idée sur la raison de sa venue. Question d’habitude.

-Bonsoir jeune homme.

-Euh, bonsoir.

-Je vais faire court : tant mieux si vous vous éclatez mais je suis dans la chambre d’à côté et j’ai une journée très chargée demain. Alors si vous pouviez faire un effort au niveau du son… Ce serait sympa.

-Désolé. On va essayer de faire attention.

-Bonne soirée.

-Vous aussi.

Jules referme la porte en soupirant. Faire attention d’accord, mais il ne va certainement pas empêcher Valentine de s’exprimer pendant qu’ils couchent ensemble. Il adore ses cris et ses gémissements donc il est franchement désolé pour leur voisin, mais c’est peine perdue. Il revient dans la chambre avec un sourire amusé et Valentine comprend qu’on les a interrompu pour la même chose que d’habitude. Elle rougit et il est encore plus amusé. Il vient rapidement vers elle et murmure en mettant ses mains sur sa taille :

-Ne rougis pas, c’est rien.

-C’est gênant.

-Arrête, on s’en fout. Moi j’adore quand tu t’exprimes alors ne te gênes pas juste parce que notre voisin est un insomniaque.

-Ok, soupire la jeune femme en souriant. J’ai faim, qu’est ce que tu veux manger ?

-Toi, murmure le brun en embrassant son cou.

-Arrête, je parle sérieusement !

-Mais je suis sérieux.

Il fait basculer la jeune femme sur le lit sous ses éclats de rire et picore son cou de baisers rapides qui la chatouille plus qu’autre chose. Elle pousse des petits cris de souris et deux coups sonores sur le mur d’à côté les ramène à l’ordre. Le voisin n’est toujours pas satisfait du niveau sonore visiblement. Les deux amoureux se regardent pendant quelques secondes puis rigolent encore le plus discrètement possible. Jules se relève, laissant la jeune femme réajuster son peignoir même s’il n’en a pas trop envie, et prend son portable pour chercher quelque chose de rapide et de bon à manger.

-Qu’est ce que tu fais ?

-Tu préfères quoi ? Chinois, mexicain, américain ?

-Tu veux qu’on descende ? S’étonne la blonde.

-Ouais. J’veux qu’on mange tous les deux au restaurant, comme deux personnes normales. Si ça te dis, bien sûr.

Jules sait au moment même où il prononce cette phrase que c’est extrêmement risqué. Soit il va y avoir un gros malaise parce que c’est en dehors de leurs règles, soit elle sera d’accord et il sera grandement soulagé. Valentine, quand à elle, est plutôt surprise sans pour autant être gênée. Jules n’a jamais dormi avec elle auparavant et surtout, il ne l’a jamais invitée au restaurant. Mais ça lui plaît. Elle acquiesce silencieusement avec un grand sourire, ce qui rassure le brun.

-Alors, qu’est ce que tu préfères ? Redemande t-il avec joie.

-Mmh, ce que tu veux. Sauf un chinois, j’en ai fais un hier avec ma mère.

Jules a très envie de lui demander pourquoi, dans quel cadre, comment est sa mère, si elles sont proches, comment ça c’est passé, mais il se retient. Ce n’est pas dans leurs règles et il ne veut pas aller trop vite. Il ne sait pas ce qu’il fout mais ça lui convient : il se laisse porter.

-Qu’est ce que tu penses d’un kebab ? C’est pas exceptionnel mais j’en connais un bien et qui n’est pas loin.

-Ça me va !

♦ ♦ ♦

Se promener dans la rue main dans la main leur donne la sensation d’être un couple normal, libre et sans complexes. La vérité est autre mais ils sont dans leur moment, rien d’autre ne compte. Jules se surprend à apprécier, même aimer, une nouvelle facette de Valentine. Celle qu’il ne connaissait pas. La Valentine qui se balade en ville avec une sérénité enveloppante, en jean avec une paire de converses et une veste un peu trop grande. Ça lui va extrêmement bien, elle ne fait pas garçon manqué, non. Elle fait Valentine, il n’y a aucun autre mot pour la décrire. Ils arrivent au kebab et il continue de l’écouter parler même si ils ne racontent rien d’intéressant tous les deux. C’est le moment qui est bon et souvent, ils restent dans un silence qui n’est ni lourd ni pesant mais simple et léger, comme eux.

Ils passent leur commande au gérant et vont s’asseoir dans un coin de la salle, ce qui leur donne un côté intime. Jules connaît bien le patron à force de venir et ça doit aider, se dit la jeune femme. Pendant qu’ils attendent les deux assiettes qu’ils ont commandé, Jules s’installe à côté d’elle et passe un bras possessif sur ses épaules. Ils parlent et rient comme des adolescents, profitant de leur moment tous les deux. La nourriture leur est apportée et ils commencent à manger en se chamaillant comme deux imbéciles heureux.

Valentine se dit qu’elle n’a jamais autant aimé Jules qu’à cet instant précis. Elle est rapidement tombée amoureuse de lui mais ne montre rien, parce que leur relation est exclusivement basée sur le sexe et, à la limite, l’amitié. Ils ne savent rien sur l’un et l’autre et c’est mieux comme ça. Mais le voir avec sa veste en cuir un peu trop grande, son jean mis à la va vite et ses lunettes presque cassées, ça l’émeut. Elle le trouve encore plus touchant et humain, il semble si sincère, et surtout elle se sent vivante avec lui. Quand ils sont dans la même pièce elle se sent toujours désirée. Et l’attitude protectrice et amoureuse qu’il a avec elle en ce moment même, comme s’ils étaient un couple normal, ça lui agite l’estomac. Elle se blottit un peu plus contre lui en mangeant ses frites et il lui lance un regard profond qui la cloue sur place.

Mais leur moment intime et si rare est brusquement cassé quand Jules se planque sous la table. Valentine n’a pas le temps de comprendre ce qui se passe qu’il la tire avec elle, la faisant presque tombée sur lui.

-Qu’est ce qui te prend ? Souffle t-elle en massant ses fesses qui ont brusquement atterrit sur le sol.

-Excuse moi mais la meilleure amie de… ma copine a décidé de prendre son kebab ici. Alors j’attends qu’elle se barre et je remonte à la surface, ok ?

-Tu sais que tu es ridicule ? Murmure Valentine en riant.

-Ouais, je sais.

Jules est soulagé de voir qu’elle ne le prend pas mal du tout. Elle semble amusée par la situation même si évidemment, elle aurait préféré éviter ça. Au bout de quelques minutes pesantes, les pas de la meilleure amie de la copine de Jules vont vers la porte et elle sort du magasin. Le brun soupire de soulagement et remonte rapidement sur sa chaise, content de retrouver un truc potable pour s’asseoir. Il aide Valentine à le rejoindre et elle se blottit de nouveau contre lui, ne semblant pas gênée pour autant.

-Désolé, s’excuse le jeune homme en l’embrassant sur la tempe.

-T’inquiètes pas, c’est logique vu la situation. Et puis on est pas… enfin, c’est pas grave.

On est pas un couple, voilà ce qu’elle voulait dire. Jules sent une soudaine nausée de désespoir et de tristesse lui venir face à cette réflexion et il se force à terminer son kebab en plaisantant avec elle, ne voulant pas la perturber. Elle ne semble pas affectée plus que ça, même si il devine qu’elle n’est pas forcément à l’aise, mais le silence pesant finit par être remplacé par leurs plaisanteries stupides. L’atmosphère redevient détendue et amoureuse, et ils ressortent en se câlinant comme deux adolescents, toujours, se battant encore sur qui aurait dû payer. Comme Jules a réussi à la devancer, la jeune femme lui promet que la prochaine fois ce sera elle qui payera. Et la perspective d’une prochaine fois plaît trop au jeune homme pour qu’il puisse répliquer quoi que ce soit.

* * *

-Jules…

Entendre son prénom murmuré de cette façon rend le susnommé fébrile, et il a encore plus de mal à retenir l’orgasme qui monte en lui. Il accélère les coups de reins et Valentine pousse des petits gémissements qu’elle essaie de dissimuler en vain, ce qui lui donne envie de la faire gémir encore plus. C’est le problème avec elle : il veut toujours la faire gémir plus, plus, plus, et encore plus. Il la relève et la serre contre lui, la laissant s’enfoncer sur lui en un son appréciateur. Elle commence de langoureux vas et viens, prenant plaisir à le faire durer et le rendant complètement dingue.

-Putain, grogne le brun en passant une langue curieuse sur la poitrine de la jeune femme.

-Mmh…

-Tu vas me rendre complètement dingue.

C’est d’une voix rendue rauque par l’excitation qu’il a prononcé ses mots et la jeune femme se sent frémir, au bord du précipice. Elle sait qu’elle ne va pas tarder à jouir et cette fatalité rend la situation encore plus excitante, parce qu’elle sent que Jules est également à deux doigts de craquer. Ce dernier, trop excité pour être sage, la fait se soulever et la retourne contre lui, collant son dos à son torse. Il la pénètre de nouveau avec un rythme soutenu qui fait gémir la jeune femme un octave plus fort, ce qui le réjouit considérablement. Il n’y a rien de plus beau qu’une Valentine qui prend énormément de plaisir. Il glisse une main baladeuse entre ses cuisses et s’amuse à caresser son clitoris, ce qui la fait encore plus gémir. Elle se cambre et cherche plus de contact, plus de friction, ce qui le rend fébrile à son tour. Elle est l’image même de la luxure et la voir dans cet état, au bord du précipice, lui apporte une délicieuse satisfaction. Il la sent se tendre et sans même qu’ils aient réellement le temps de comprendre ce qui se passe, elle subit un orgasme presque dévastateur. Le genre d’orgasme qui vous fait tout lâcher, physiquement comme mentalement. Elle accroche sa nuque et se retourne un peu pour l’embrasser, étouffant son cri de bonheur dans sa bouche, et Jules craque. Il lâche la bouche de la jeune femme pour mordre son épaule avec sauvagerie, ce qui excite beaucoup celle-ci. Elle pourrait presque recommencer quand il agit comme ça.

Ils tombent tous les deux sur le côté et après que Jules se soit retiré vient alors un silence reposant, traduisant le même bien être qu’à chaque fois. Il la prend contre lui, collant une nouvelle fois son torse à son dos, et embrasse délicatement son cou. Il respire son odeur assez brutalement, ne se lassant pas de ce doux moment entre eux.

-Tu vas me tuer… Murmure Valentine en souriant, les yeux presque fermés.

-Tu exagères ! Murmure Jules en riant presque. Je ne fais que mon devoir.

Valentine rit doucement et il se colle encore plus contre elle. La respiration de la jeune femme s’alourdit et devient de plus en plus lente. Devinant qu’elle commence à s’endormir, Jules attrape la couette et la couvre avec, grappillant un petit bout lui aussi. Il n’a pas froid du tout mais peut-être regrettera t-il dans la nuit de ne pas s’être couvert. Alors il se colle à elle de nouveau et se glisse sous la couette en fermant les yeux, respirant au même rythme que son amante.

♦ ♦ ♦

-Jules ?

Le susnommé ouvre les yeux en soupirant, surpris de se faire réveiller par Valentine. Qu’est ce qu’elle a ? Est ce qu’elle a fait un cauchemar ? Se demande t-il intérieurement. Il regarde rapidement l’heure et voit qu’il est déjà huit heures du matin. Et merde. Il se retourne vers la jeune femme qui le regarde avec un air étrange, comme si elle allait disparaître d’un moment à l’autre. Il se rapproche directement d’elle et la prend dans ses bras, ce qu’elle semble apprécier en se collant à lui.

-Qu’est ce qui se passe ?

-Je ne veux pas que tu partes, murmure la blonde en se cachant presque dans son torse.

-Je sais, soupire le jeune homme en embrassant le sommet de son crâne. Moi aussi j’ai envie de rester là.

-Promets moi de revenir le plus rapidement possible.

-Promis. Un mois sans toi, c’est trop long.

Valentine rit doucement et se serre contre son torse, ne faisant qu’un avec lui. Il passe une main douce dans ses cheveux et elle se détend, essayant d’oublier que d’un moment à l’autre elle sera seule dans ce grand lit. Elle respire lentement, calant sa respiration sur le rythme serein de Jules qui en vérité n’en mène pas large. Ce dernier n’a pas du tout envie de partir, et c’est le cas à chaque fois mais cette fois-ci c’est différent. Il veut rester là, avec Valentine, rester contre son corps pour toujours. Il ne veut pas retourner chez lui et voir sa copine qui le saoule carrément, il ne veut pas retourner à son taf alimentaire pourri, il ne veut pas faire comme si il n’avait rien vécu de particulier la nuit dernière. Et mentir pour justifier cette nuit ne lui dit rien du tout, d’ailleurs.

-Jules ?

-Mmh ?

-Je t’aime.

Le brun reste scotché. C’est la première fois qu’elle lui dit ça. Lui l’a déjà murmuré quelques fois pendant l’acte ou même après, mais elle jamais. C’est réellement la première fois qu’un « je t’aime » passe ses lèvres en sa présence. Il déglutit en sentant une émotion beaucoup trop forte pour lui l’engloutir et murmure en déglutissant :

-Je t’aime aussi.

Il a envie de pleurer. C’est pas trop son style, même pas du tout, mais il a envie de pleurer. Il se retient, essayant de faire passer la boule affreuse qui lui bloque la gorge mais il sent Valentine se tendre comme si elle essayait elle-même de réfuter un sanglot. Ça ne l’aide pas du tout. Alors il la serre fort contre lui et elle se laisse aller, mouillant silencieusement son torse de ses larmes. Il déteste la voir pleurer même si ça lui arrive souvent, ça le rend complètement triste. Mais cette fois, il l’accompagne tout aussi silencieusement.

C’est leur moment, encore une fois. Leur façon de se dire au revoir jusqu’à la prochaine fois.

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