Stéphane LONGERAY

Stéphane LONGERAY

« Stéphane deviendra un grand écrivain. »

Lorsque votre institutrice de CM2 déclare ça après avoir lu votre texte devant toute la classe, vous ressentez une certaine fierté, en dépit du rougissement gênant qui vous taquine. Parce que quand vous êtes timide, vous rougissez pour un rien, croyez-moi.

Une telle phrase marque au fer rouge l’esprit d’un garçon de 10 ans. Le genre de phrase qu’on range dans un coin de sa mémoire, dans un vieux coffre façonné par la mélancolie et verrouillé par un cadenas que les assauts du temps ne sauraient altérer. On la protège, enlacée comme des bras maternels, de nos plus belles pensées et on la ressort lorsqu’on traverse les turbulences que la vie nous offre généreusement. On les connait tous ces turbulences. Celles qui voudraient nous faire lâcher nos rêves de gamin et qui nous intiment de grandir, celles qui nous font mettre un genou à terre et nous endeuillent d’une manière ou d’une autre. Lorsqu’elles nous frappent, notre grenier intérieur nous ouvre ses portes et nous redonne le sourire au milieu des jouets et des livres poussiéreux laissés sous la garde de nos fantômes bienveillants.

La musique a eu un impact déterminant, sans doute parce que cette même institutrice était une guitariste émérite. Quand un ange gardien croise votre route, s’en inspirer me paraît être la meilleure des choses à faire. N’avais-je de surcroît, pas juré, enfant, que je deviendrai musicien et écrivain ? L’appel de la musique ne se fit donc pas prier, reléguant au second plan des études qui ne réussiraient pas à stimuler le prof de guitare que j’allais devenir. J’avais honoré la première partie du contrat et m’attelais donc à la seconde, l’alphabet étant le solfège de la littérature, le lien me semblait évident.

Contrairement à ce qu’a pu m’affirmer cette prof de français, lire Stephen King à 11 ou 12 ans n’aura pas fait de moi cette personne peu fréquentable qu’elle n’eut de cesse de me décrire et c’est allègrement, avec un ami, que nous ponctuâmes notre année des pires folies écrites par le Roi, nous délectant de ses frasques horrifiques. En dépit de ces lectures, des jeux de rôle et des jeux vidéo, nous ne suivîmes jamais la voie de la délinquance comme le prophétisèrent certains enseignants. Les manuels scolaires taisent la bêtise des adultes. Nous devions l’apprendre par nous-mêmes.

Plus tard, lors du célèbre achat trimestriel France Loisirs, le hasard poussera ma chère maman à commettre la plus heureuse des erreurs en mettant au mauvais endroit, sur le catalogue, la croix du livre qui me faisait envie. Qu’importe, j’allais lire le premier tome de « L’assassin royal » de Robin Hobb.

Une quinzaine d’années plus tard, nourris par Tolkien, Lovecraft, Bordage et bien d’autres, ma timidité dans mon escarcelle, j’allais rencontrer cette romancière, alors devenue un modèle au fil du temps. C’est symboliquement que je lui offris ma première petite publication et tout aussi symboliquement qu’elle me demanda de lui signer. Exercice difficile lorsque les tremblements et l’émotion sont de la partie.

L’écriture est l’enfant de la lecture et bien que je ne sois pas encore devenu ce grand écrivain, je continue de fouler les sentiers escarpés de l’imaginaire en attendant de m’acquitter de cette seconde partie de contrat.